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Un tour dans le monde d’Alan Roura (2) – L’homme de mer au-delà du Vendée

By on 12 octobre 2016 | 0 comments

Bandeau 760px Un tour dans le monde d'Alan Roura, le benjamin suisse - le Vendée Globe par Skippair

 

Alan Roura (La Fabrique) est le plus jeune des skippers de l’histoire à se lancer sur le Vendée Globe. A 23 ans, le Suisse a toutefois déjà écumé les mers de la planète à bord du voilier familial. Aujourd’hui, il a dû arrêter les croisières pour se consacrer pleinement à son prochain tour du monde en solitaire. Mais le navigateur a gardé de ses années de voyages des trésors d’anecdotes et de souvenirs, aussi drôles qu’effrayants. Des histoires qu’Alan Roura s’est fait une joie de partager avec nous. De Grenade aux Tonga, en passant par le Panama et la Nouvelle-Zélande, bienvenue dans le monde d’un skipper passionné et d’un conteur passionnant !

 

Fiche "Un tour dans le monde d'Alan Roura", skipper du Vendée Globe 2016 - Skippair

 

Alan Roura : Je vis chaque jour en mer comme si c’était le dernier

 

Skippair : Avez-vous une devise, ou un proverbe, qui correspond bien à votre rapport à la mer ?

Alan Roura : Je suis assez superstitieux et je trouve joli de garder certaines traditions. Il existe donc des mots que l’on ne dit pas sur un bateau, ou des choses que l’on ne fait pas. Mais si je devais donner un dicton, ce serait : « Quand on veut, on peut ». Lancez-vous, réalisez vos rêves !

Le skipper suisse Alan Roura est prêt à se jeter dans le grand bain du Vendée Globe - Jobic Madec

Le skipper suisse Alan Roura (La Fabrique) est prêt à se jeter dans le grand bain du Vendée Globe – Jobic Madec

Skippair : Comment définiriez-vous votre manière de naviguer ?

Alan Roura : Le meilleur moyen de faire du voilier, c’est de rester dessus, c’est-à-dire de rester accroché, et de naviguer proprement, en bon marin. En compétition, à chaque manœuvre que je fais, je ne pense pas forcément à la course elle-même, mais plutôt au sens marin. Ce qui est plus important au final, car nous sommes des marins essayant de devenir régatiers ! A mon avis, il faut fonctionner de cette façon. Penser comme un marin. Cela veut dire aussi que, parfois, avant de courir faire une manœuvre, il est bon de se poser, boire un café, réfléchir. Ces monocoques de 60 pieds [soit 18.28 mètres, ndlr] sont gros, très physiques, et c’est très long de changer de voile. Mieux vaut donc parfois prendre le temps.

Skippair : Vous parliez de mots tabous sur un voilier. On peut vous demander lesquels le sont pour vous ?

Alan Roura : Oui, là, je suis dans un hangar, donc pas de souci !

Découvrez en vidéo les deux mots qu’Alan Roura ne prononcera jamais sur un bateau (ou presque) :

 

Je considère mon voilier comme ma femme…

 

Skippair : Vous arrive-t-il de prendre le voilier juste pour votre plaisir personnel ?

Alan Roura : Pour le coup, j’aime beaucoup la croisière, mais je n’en ai plus fait depuis… oh là là, début 2012 ! Ca me manque beaucoup là (rires). J’apprécie de visiter des endroits, aller dans des pays, apprendre des langues. Voir ce qui se passe ailleurs, en fait. Je sais que je repartirai en voyage un jour, en famille ou tout seul. Mais aujourd’hui, je suis en mode compétition. Les monocoques du Vendée Globe ne sont pas faits pour le cabotage le long des côtes, mais, oui, voyager en voilier me manque. Le problème, c’est que beaucoup de skippers prennent leur bateau comme un objet. Pour moi, aujourd’hui, c’est ma femme ! Je lui donne tout ce que j’ai, en espérant qu’elle m’apporte quelque chose en retour !

Mes croisières en voilier, c’est bonne bouffe, petite bière à la barre et droit devant !

Skippair : Quel skipper êtes-vous quand vous êtes en croisière à la voile ?

Alan Roura : Oh, à la cool ! Le voyage, ce n’est pas fait pour tirer sur le bateau ni le casser, mais pour voir du pays, faire des jolies navigations, profiter, partager entre amis ou en famille. On met les voiles qu’il faut pour que le bateau avance. On se fait des bonnes bouffes, des pizzas ou des pains au four. Voilà, une petite bière à la barre, et puis droit devant ! C’est ce qui est chouette avec la voile, on peut vraiment tout faire : on peut être et en croisière régate/saucisson, et en grande course au large avec des professionnels, ou faire le tour du monde en famille !

Skippair : Mais après avoir investi autant d’énergie, de temps et d’argent dans votre projet Vendée Globe, vous ne craignez pas de finir dégoûté de la voile ?

Alan Roura : Non, parce que je ne le prends pas du tout comme un métier ou un travail. C’est la réalisation d’un rêve et je donne tout pour y arriver.

Du haut de ses 23 ans, Alan Roura s'apprête à prendre la barre du monocoque Superbigou sur le Vendée Globe 2016-2017 - Christophe Breschi

Avec la préparation du Vendée Globe, Alan Roura a dû faire une croix sur ses croisières en voilier. Un véritable sacrifice pour ce globe-trotter suisse. – Christophe Breschi

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Mes escales favorites ? Grenade et la Nouvelle-Zélande

 

Skippair : Avez-vous un endroit où vous aimez plus que les autres aller en voilier ?

Alan Roura : J’ai deux escales favorites : la Grenade, dans les Caraïbes, où j’ai passé beaucoup de temps et que j’aime beaucoup, et la Nouvelle-Zélande. J’ai envie de retourner dans ces deux régions, voir les gens qui m’ont aidé à me lancer dans la course au large aussi. Et pourquoi pas y travailler et y faire une vie là-bas ? On verra ! Ce sont en tout cas des endroits magiques.

Skippair : Qu’est-ce qui vous plaît tant à la Grenade ?

Alan Roura : La Grenade est une petite île paradisiaque dans le sud des Caraïbes. On l’appelle la « petite Jamaïque ». On y trouve de belles baies, avec des petits lagons, et des gens qui ont le cœur sur la main. Ils ne vivent de pas grand-chose, mais ils vont tout vous donner, parce qu’ils aiment partager. A la Grenade, la vie est simple, l’île est belle. On peut se retrouver sur une plage de sable blanc, comme dans une cascade à faire sa lessive à la main ! Tu plonges, tu vas pêcher ta langouste, et tu te l’as fait au barbecue le soir même. C’est un mode de vie qui est juste génial !

Saint-Georges, capitale de la Grenade, aux Antilles, vue de la mer - CC0 (Pixabay)

La Grenade, aux Antilles, est l’un des pays préférés d’Alan Roura. Ici, Saint-Georges, la capitale du pays – CC0 (Pixabay)

Skippair : Et pourquoi la Nouvelle-Zélande ?

Alan Roura : C’est rigolo, parce que je me rends compte que ce pays est un peu le copier-coller de mon pays natal. Mais la mentalité des gens est complètement différente. La Nouvelle-Zélande, c’est la Suisse mais avec la mer, le surf, les grandes plages, ce côté maori, etc. J’adore ! Le milieu maritime est impressionnant. Que ce soit course au large, régate ou voyage, les Kiwis bougent beaucoup et tout est fait pour voyager. Les habitants jouissent de la vie aussi. Et c’est beau de voir un pays, où les gens profitent de la beauté de leur environnement. La Nouvelle-Zélande est un lieu, où j’ai envie de retourner et vite. Très vite !

Paysage bucolique de Nouvelle-Zélande - CC0 (Pixabay)

La Nouvelle-Zélande, c’est la Suisse avec la mer, selon Alan Roura ! – CC0 (Pixabay)

Skippair : A force de voyager, avez-vous trouvé des coins secrets que vous pourriez nous conseiller ?

Alan Roura : Des coins secrets, il y en a 12.000 et ils ne sont pas secrets, puisque nous les avons trouvés ! Mais les Tonga, en Polynésie, sont assez magiques. C’est le genre de lieu où tu vas jeter ton ancre et, cinq minutes après, tu vas te retrouver avec une baleine à côté du bateau ! Ou encore tu mets ton bateau pneumatique à l’eau, tu arrives à terre et là, tu vas te retrouver avec le chef de la tribu qui t’invite à boire du « kava ». Il s’agit d’une racine que l’on trouve dans le Pacifique. C’est, entre guillemets, une espèce de drogue, mais qui ne l’est pas vraiment. Et te voilà en train de discuter avec lui pour avoir l’accord de venir à terre, etc. Tu te retrouves alors des centaines d’années en arrière. C’est magique !

Skippair : Du coup, pour un voyageur comme vous, avide de découvertes culturelles, n’est-ce pas frustrant de faire le Vendée Globe ?

Alan Roura : C’est complètement con en fait ! On part pour un tour du monde, sauf que l’on va voir les Sables-d’Olonne, peut-être les Canaries, j’imagine le Cap Horn suivant les conditions, et après ? peut-être encore les Canaries au retour et les Sables pour l’arrivée. Donc pendant le Vendée Globe, on fait un tour du monde, au cours duquel on ne voit absolument rien ! Mais c’est le jeu. On sait que la course est sans escale, c’est interdit, et puis le but n’est pas de visiter, mais de se surpasser.

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Un soir de Noël en train de couler dans le Pacifique

 

Skippair : Quel est votre meilleur souvenir en voilier ?

Alan Roura : (réfléchit) Il y en a tellement ! Ce serait plus la question inverse qu’il faudrait me poser – quel est mon plus mauvais souvenir…

Skippair : C’est justement la prochaine…

Alan Roura : Mais il n’y en a même pas non plus ! Chaque jour en mer est différent. On n’a pas de routine. On vit chaque jour en mer comme si c’était le dernier, en fait, à profiter pleinement de la vie justement. Alors il y a des endroits où c’est moins joli. Il y a des endroits comme le Panama, tu arrives, tu vas dans un supermarché et un mec se fait tirer dessus en face de toi. Sur le coup, on se pose la question : « mais qu’est-ce que je fais là ? » Maintenant, avec du recul, c’était juste une expérience  incroyable ! Je pense que chaque moment est bon à prendre. Donc il n’y a même pas de mauvais souvenirs. On a risqué notre vie je ne sais pas combien de fois sur l’eau à prendre une queue de cyclone, à avoir le bateau à deux doigts de couler ou de se retourner… Et pourtant, on s’est regardé avec mon père en se disant : « on va y arriver, on va se battre. » En mer, on est constamment dans le surpassement et c’est ce qui est merveilleux.

Le skipper suisse Alan Roura (La Fabrique) sur la vague - Christophe Breschi

Queue de cyclone, tsunami… Alan Roura a déjà connu bien des péripéties sur le voilier familial. Mais sur le Vendée Globe, il sera seul face aux éléments. – Christophe Breschi

Skippair : Et une queue de cyclone en voilier, ça ressemble à quoi ?!

Alan Roura : Ca veut dire des vents à 70 nœuds minimum, des vagues qui font la hauteur du mât et un bateau de trente-cinq ans qui tient, parce qu’il a dit qu’il tenait… Des choses ont cassé, mais on a su gérer l’affaire pour arriver à bon port. J’avais 17 ans et, malheureusement, c’est tombé le soir de Noël. On a donc passé un Noël magnifique, en train de couler au milieu du Pacifique ! Et pourtant, on a sauvé le truc. Quand on en reparle maintenant avec mon père, on en rit… mais on aurait pu mourir, clairement. Le bateau était en train de se casser. Si on tombait à l’eau, c’était fini. Et à ce moment-là, on s’est dit : « même si on meurt, eh bien on aura bien vécu. »

Un matin, on nous dit qu’un tsunami arrive, il faut quitter les lieux. On était en train de boire le café avec mon père. On lève l’ancre et on se dit : « eh bien, on va faire du surf aujourd’hui, ça va être sympa ! »

C’est comme quand on était aux Perlas [au large du Panama, ndlr]. Un matin, on voit tous les bateaux qui partent du mouillage. Tout le monde se casse, on se retrouve tout seul. On demande à quelqu’un en train de partir : « mais qu’est-ce qu’il se passe ? pourquoi vous partez tous ? ». Il nous répond qu’un tsunami arrive, il faut quitter les lieux, on va tous mourir. On était en train de boire le café avec mon père. Bon, on lève l’ancre, on part, on ficelle tout et on se fait la réflexion : « eh bien, on va faire du surf aujourd’hui, ça va être sympa ! » Et on prend ça à la rigolade, quoi. On se prend dans les bras, en se disant : « bon, on va peut-être mourir, mais au moins on sera ensemble, et puis ce sera rigolo ! » Au final, il y a eu une vague d’à peine un mètre, mais ce n’est pas grave. On se rend compte qu’on se surpasse toujours en mer et, au final, on n’a plus peur de grand-chose sur l’eau…

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Skippair : Mais c’est du dépassement ou de l’inconscience ?!

Alan Roura : Tout à la fois. C’est vrai que l’on est inconscient à un certain point. Mais on n’a pas le droit d’être inconscient à 100% sur un bateau. On a quand même notre vie entre les mains et on ne va pas la risquer bêtement. Il faut donc rester intelligent et faire les choses proprement malgré tout. On sait très bien que la mer, on ne peut pas la contrôler. Elle est plus forte que nous. On est juste des petits bonhommes sur une coque. Donc on est plus dans le surpassement au final.

Alan Roura vous raconte en vidéo un autre de ses souvenirs en mer les plus marquants – l’épisode du « grain blanc » au Venezuela :

 

Osez aller naviguer en voilier !

 

Skippair : A l’inverse de ces expériences difficiles, comment définiriez-vous une croisière réussie ?

Alan Roura : Quand tout le monde rentre à bon port avec le sourire. On se fait une bonne bouffe, on en a bien profité, on en a pris plein la vue… Ce n’est pas forcément les conditions de mer qui importent, c’est plus la bonne entente à bord, que tout le monde ait partagé et vu les mêmes choses. Ce n’est pas toujours évident, car chaque personne est différente. Par conséquent, chacun voit sa croisière à sa manière. Mais quand tout le monde arrive à avoir la même optique, là c’est chouette.

Naviguer, c’est jouissif ! C’est la liberté totale. La mer est le seul endroit au monde où tu as tous les droits. Et ça, c’est incroyable !

Skippair : Pour finir, qu’auriez-vous envie de dire à ceux qui n’osent pas essayer la voile et ne connaissent pas encore ce plaisir de la croisière en mer ?

Alan Roura vous livre en vidéo son conseil pour bien débuter en voilier : ne pensez pas au mal de mer !

Skippair : Mais justement, ce plaisir dont vous parlez, comment vous pourriez le décrire à un novice ?

Alan Roura : Naviguer, c’est jouissif ! Et pour se lancer, vous avez plein de supports possibles en voile. Vous pouvez commencer par de la planche à voile. Il ne s’agit pas forcément d’aller au large. On peut faire du bateau côtier, aller prendre l’apéro à Groix en famille… il y a beaucoup de choses à faire en voilier et chaque personne voit la croisière, ou la navigation, à son échelle, comme il a envie de la vivre. Mon message, c’est juste : « osez y aller ! » Ne vous posez pas douze mille questions. Un bateau, ça reste une coque, un mât et des voiles. Pas besoin de s’appeler je ne sais pas comment pour faire de la voile. Il faut juste oser y aller !

 

Envie de prendre le large à votre tour ?

Faîtes comme vous dit Alan Roura, « n’ayez pas peur du mal de mer et foncez ! »

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En savoir plus sur Alan Roura pendant le Vendée Globe

Bouton Un tour dans le monde d'Alan Roura, Partie 1 - Skippair

Dans le premier épisode d’Un tour dans le monde d’Alan Roura, le skipper suisse nous a communiqué son enthousiasme pour le Vendée Globe… même s’il reconnaît qu’il faut être complètement timbré pour se lancer dans ce tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance !

Vous avez désormais envie de suivre Alan Roura pendant son tour du monde en solitaire ? Retrouvez-le sur son site officiel, ainsi que sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter.

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